A l’aéroport, un certain mois de septembre

Depuis ma sélection pour être parmi les meilleurs blogueurs, tout est allé si vite pour moi. Le jour où j’ai reçu l’email de confirmation, j’étais en train de préparer un voyage à l’ONU. En fait, je devais accompagner le Premier ministre haïtien pour couvrir la 69e session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. New York, la Babylone des temps modernes : pour paraphraser Al Pacino interprétant « l’Avocat du diable ». Un de mes films cultes. New York, l’eldorado de la majorité de mes compatriotes. En effet, cette ville exerce un effet magnétique à nulle autre pareille sur bon nombre de mes compatriotes. Certains rêvent d’y aller légalement ou frauduleusement, par mer ou par voie aérienne… Tous les moyens sont bons pour rallier la Big Apple. Cette destination fascine. Elle attire les haïtiens comme l’aimant attire le fer, le sirop la mouche, le pollen l’abeille.

Pourtant, à l’annonce de mon départ pour New York qui coïncidait avec ma sélection pour faire partie de la communauté mondoblogueuse, je ne sais plus laquelle de ces deux annonces m’excitait le plus. Une semaine à New York, tout frais payé, pour couvrir l’Assemblée des Nations unies – le Saint Graal de tout journaliste haïtien – ou devenir un blogueur ? Je sais qu’à bien des égards mon indécision peut bien surprendre. Mais bon ! Chacun est comme il est et on y peut rien.

C’est donc l’esprit serein que je débarque à l’aéroport international de Port-au-Prince. Un peu en retard certes, mais juste à temps pour ne pas rater mon vol. Mais cela m’a donné juste le temps d’observer les autres voyageurs. De ce petit œil fureteur mais avec un je ne sais quoi de « ce ne sont pas mes oignons ».

C’est curieux le nombre de trucs qu’on peut observer dans un aéroport. C’est une vraie mine pour les professionnels qui se planchent dans l’étude des comportements humains. Cela m’a vraiment amusé de constater l’empressement, frôlant même la bousculade, avec lequel mes concitoyens embarquaient. Diable ! Je me demande, à juste titre, quelle mouche les a piqués. Pourquoi tant d’empressement ? Pourquoi marcher sur les orteils des voisins, au risque de déclencher une bagarre et de recevoir une superbe baffe, juste pour être le premier dans l’appareil ? Alors que pour certain la réservation date de plus d’un mois ? Pourquoi se bousculer si on sait d’avance que la place de chaque passager est réservé à bord, et c’est mentionné noir sur blanc sur le billet, et que si un passager ne se présente pas, la place restera vide ? Je ne pense pas avoir eu vent qu’une compagnie aérienne ait vendue plus de billets que l’avion en réalité peut transporter de passagers.

Pour le citoyen lambda haïtien, tenaillé sans cesse, quotidiennement, par la gestion de l’urgence, ces élucubrations ne comptent que pour du beurre. Et si d’aventure, elles lui avaient, l’espace d’un cillement, effleurées l’esprit, elles fondent comme du beurre au soleil à la vue de l’appareil. Car c’est symptomatique chez nous, c’est inscrit dans nos gènes, dans notre ADN. L’urgence, la gestion de l’urgence. Ou le « il n’y en a jamais assez pour tout le monde ». L’autobus ou le tap tap laisse toujours, à chaque fois, au moins une bonne dizaine de passage à quai. Dans ce cas, comment savoir si ce n’est pas moi qui vais louper son vol ? Ah non ! Je me fais avoir à chaque fois, je rate le bus à chaque fois à cause de ma nonchalance. Cette fois-ci, je ne raterai pas mon vol. Vu la petite fortune que m’a coûté mon billet d’avion. Et la pénalité que je vais payer pour avoir raté mon vol. Et qui me dit que cet appareil volant imitant l’oiseau naturel peut contenir tous ces gens que j’ai vus, il y a quelques minutes, en train de s’enregistrer sur mon vol ?

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